L'olivier de Notre-Dame-des-Foyers a traversé la rue pour la mosquée
Communauté 22 septembre 2026

L'olivier de Notre-Dame-des-Foyers a traversé la rue pour la mosquée

L'olivier de Notre-Dame-des-Foyers a traversé la rue de Tanger : la paroisse l'a offert au patio de méditation de la mosquée Adda'wa, en face. Le jardin de l'église a été terrassé en septembre 2026 pour refaire l'étanchéité et arrêter les fuites au sous-sol, et les jardiniers de la Ville de Paris ont sauvé les rosiers, les muguets et les plants de tomates.

Le chantier de Notre-Dame-des-Foyers est arrivé au jardin. Pour refaire l'étanchéité et arrêter les fuites qui descendent au sous-sol, les entreprises terrassent la parcelle. Un jardin que l'on terrasse est un jardin que l'on vide d'abord : rosiers, muguets, plants de tomates, herbes aromatiques.

Les jardiniers de la Ville de Paris sont venus prêter main forte. Ils ont sorti les plantes une par une et les ont mises à l'abri pour la durée des travaux. Restait l'olivier, trop haut et trop enraciné pour patienter dans un pot.

La paroisse a regardé de l'autre côté de la chaussée. La mosquée Adda'wa, au 39 rue de Tanger, aménage en ce moment un patio de méditation. L'arbre lui a été offert, et il a été replanté là.

« L'olivier a juste traversé la rue et se retrouve même avec davantage de soleil. Ça se passe comme ça la fraternité à la rue de Tanger. »

Père Jérémy Rigaux, curé de Notre-Dame-des-Foyers

L'eau, le sous-sol et une dalle de soixante ans

L'église a été construite entre 1964 et 1967 par les architectes Marcel Astorg et Robert Salles, pour les Chantiers du Cardinal. Le jardin repose sur une dalle, et cette dalle couvre le sous-sol où la paroisse reçoit. L'eau s'y infiltre et ressort en dessous. La seule réparation durable passe par le terrassement et une étanchéité neuve.

Ce poste appartient à un programme plus large. L'avant-projet de janvier 2026 chiffre la rénovation complète à 1 640 000 euros. La phase 1, 620 000 euros, est financée et en cours depuis juillet 2026. La phase 2, 1 020 000 euros, reste à financer pour 2027.

Ce que les jardiniers ont sauvé

Les rosiers, les muguets, les plants de tomates et les aromatiques ont été extraits en mottes, en caisses, puis remisés. Ils reviendront quand la dalle sera étanche.

Des mains gantées sortent des rosiers, des muguets et des plants de tomates de la terre pour les mettre en caisses

Illustration Brutal Love Church

Ce détail compte dans ce coin du 19e arrondissement. Le jardin Luc-Hoffmann, ouvert en 1967 en même temps que l'église, borde la parcelle. Une régie de quartier y cultive depuis 2011 un jardin partagé, « Couleurs et senteurs ». Autour de Stalingrad, chaque mètre carré de terre vivante se compte et se défend. Le pape François écrit dans Laudato Si' que les habitants des quartiers pauvres manquent d'espaces verts, et que ce manque agit sur eux comme une privation (numéros 43 et 44).

Un arbre qui parle dans les deux maisons

L'olivier appartient aux deux traditions de la rue de Tanger, et il y dit la même chose.

Dans le Coran, le verset de la Lumière décrit « un arbre béni, un olivier ni d'Orient ni d'Occident » (sourate An-Nur, verset 35). La sourate At-Tin s'ouvre sur un serment : « Par le figuier et l'olivier » (verset 1).

Dans la Bible, la colombe revient vers Noé avec un rameau d'olivier tout frais, et l'arche comprend que la terre réapparaît (Genèse 8, 11). Jésus prie au jardin de Gethsémani, dont le nom signifie pressoir à huile. L'huile d'olive entre dans le saint chrême et dans l'huile des catéchumènes, celle qui a marqué le front de Wendy, Audrey et Naomi à la Vigile pascale 2026.

Un olivier offert à des voisins musulmans par une paroisse catholique reste donc un arbre lisible des deux côtés de la rue. Voilà pourquoi il a traversé au lieu de finir en benne.

L'olivier replanté au centre d'un patio de méditation, sur un lit de gravier clair

Illustration Brutal Love Church

La rue de Tanger

L'église occupe un côté de la rue, la mosquée l'autre. Entre les deux passent les mêmes habitants, les mêmes enfants, les mêmes vies serrées du quartier Stalingrad. La campagne Brutal Love Church tient en trois mots : restaurer le bâtiment, servir le quartier, annoncer l'Évangile. Un arbre qui change de jardin relève exactement de cette grammaire.

Laudato Si' le dit à sa manière : l'expérience d'un salut communautaire suscite « des réactions créatives pour améliorer un immeuble ou un quartier » (numéro 149). Ici, la réaction créative a pris la forme d'un olivier sur un diable, poussé sur vingt mètres d'asphalte.

Ce qui vient ensuite

Le jardin rouvrira quand l'étanchéité sera faite, et les plantes remisées retrouveront leur terre. La phase 2 du chantier attend encore 1 020 000 euros, et c'est là que les dons pèsent. Chaque don ouvre droit à une réduction d'impôt de 66 % de son montant.

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